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Les peuplements piscicoles de Guyane.
Amélioration des connaissances sur le poids des espèces patrimoniales de Guyane : le cas des marais du bas Oyapock.

Problématique et objectifs

Le fleuve Oyapock a une position particulière dans la hiérarchisation des informations relatives aux cours d'eau guyanais. En effet, par rapport aux autres bassins, l'Oyapock présente peu d'espèces au vu de son grand bassin versant malgré un taux d'endémisme important (Meunier & al., 1998).
Un premier constat montre un manque d'informations sur ce fleuve atypique. Notamment des zones spécifiques comme les milieux lentiques (marais, pripris...), ont été peu prospectées.
Les données récoltées permettraient notamment de mieux appréhender la caractérisation des futures zones naturelles à étudier et / ou à protéger.

Contexte

La Guyane fait partie des " hot spots " de la biodiversité mondiale et justifie pleinement un effort d'inventaire important, permettant par la suite l'amélioration de la prise en compte de la biodiversité dans les différents projets d'aménagement du territoire et la mise en place de statuts et de mesures de protection spécifiques selon les sites.
Pourtant le niveau des connaissances sur la flore et surtout sur la faune est actuellement très fragmentaire avec un nombre de milieux et de groupes faunistiques réellement prospectés très limité. De plus la Guyane ne bénéficie pas comme l'hexagone de la mise en place du réseau NATURA 2000, qui accélère l'acquisition de connaissances sur le patrimoine naturel. Enfin l'extension des connaissances doit surmonter à la fois des problèmes méthodologiques complexes et des contraintes logistiques importantes : l'exhaustivité des connaissances ou même le projet de les porter au niveau de l'hexagone, constituerait donc un objectif aujourd'hui hors de portée.

Toutefois, faisant suite à un chantier national commencé en 1992, il a été réalisé en 2001 la réactualisation des 78 Zones Naturelles d'Intérêts Ecologiques, Floristiques et Faunistiques (ZNIEFF) de Guyane (BRL, 2001). Bien que seulement 15 de celles-ci aient été prospectées du point de vue faunistique (Mammifères non volants et volants, Oiseaux, Reptiles, Batraciens, Insectes et Poissons), il en résulte quelques réflexions menées sur la hiérarchisation de la valeur patrimoniale de ces zones, qui ont révélé :

  1. Un besoin d'actualisation périodique des données, soit pour rendre compte des modifications de milieux et de richesse patrimoniale, soit pour combler les lacunes d'inventaire ;
  2. Le besoin de prendre beaucoup plus en compte l'originalité de l'ichtyodiversité, de très loin la plus spécifique parmi les vertébrés de Guyane (Cerdan & al., 2001) ;
  3. Un besoin d'homogénéisation des données des inventaires permettant le suivi patrimonial (monitoring) à différentes échelles de territoire, depuis la ZNIEFF jusqu'au niveau national.

Ce constat est particulièrement vrai en ce qui concerne les milieux aquatiques. En effet, depuis plus de 20 ans, de nombreuses équipes scientifiques les ont étudiés par le biais des poissons. Toutefois les données relatives à certaines espèces ou à certains bassins sont loin d'être complètes. Notamment, en ce qui concerne le fleuve Oyapock dont la diversité spécifique du bassin est assez faible malgré un taux d'endémisme important (Planquette & al., 1996 ; Costa & al., 1999 ; Jégu & al., 1999).

Principales caractéristiques des communautés de poissons

D'un point de vue général :

  1. la biologie et l'écologie des espèces déjà recensées est assez bien connue ;
  2. ils sont présents dans tous les milieux aquatiques ;
  3. les poissons sont relativement faciles à identifier (en terme de mise en oeuvre de moyens) au regard d'autres groupes zoologiques comme les insectes ;
  4. les peuplements de poissons sont très diversifiés et comprennent de nombreux groupes trophiques et sont donc potentiellement de bons intégrateurs des conditions du milieu ;
  5. ils sont médiatiques et représentent un bon intermédiaire pour sensibiliser le public aux perturbations que subissent les milieux aquatiques ;
  6. les techniques d'échantillonnages sont relativement simples à mettre en oeuvre.

Dans le contexte guyanais, ces affirmations doivent être nuancées. En effet, la biologie, l'écologie et la systématique des espèces sont généralement peu (voir pas) connues et les points (1) et (3) perdent de leur force notamment dans les zones non encore prospectées (Meunier & al., 1998 ; Le Bail & al. 2000). De plus la difficulté d'accès à certaines zones (souvent les plus représentatives d'un milieu non anthropisé) implique la mise en place de moyens importants. De même (point 5), le peuplement piscicole revêt une importance toute particulière en Guyane du fait que quelques espèces sont tres prisées par les pêcheurs locaux et que le poisson est la base de l'alimentation pour plusieurs communautés.
Cependant les poissons demeurent le groupe zoologique le mieux connu parmi ceux rencontrés dans les eaux guyanaises. Ils peuvent donc s'avérer très utiles pour justifier de la limite réglementaire de certaines zones telles que les réserves naturelles par exemple.

Programme de recherche

Le premier constat est la connaissance incomplète des espèces existantes sur le bassin de l'Oyapock (Géry, 1991 ; Boujard, 1992 ; Rapp Py et Caldas Oliveira, 2001). Le premier objectif est donc d'approfondir les connaissances concernant ce bassin en terme de richesse spécifique et de niveau d'endémisme des espèces (espèce à forte valeur patrimoniale). Pour cela une série de missions dans des sites non encore prospectés sera effectuée.

Le deuxième objectif consistera à déterminer :

  1. Les équivalences d'espèces entre bassins hydrographique guyanais ;
  2. La signification, en terme de milieu, de la rareté de certains taxons ;
  3. La signification et la justification du poids patrimonial des espèces qui découlent des points 1 et 2 (en regard de leur rareté, de la fréquence dans leur milieu de vie et de l'étendue de leur aire de répartition).

Ces trois points, intimement liés les uns aux autres, seront analysés par les spécialistes français des poissons guyanais qui participent à ce projet. En effet, de par leurs expériences et les connaissances réunies, ils sont les plus à même de préciser chacun des critères définis dans les objectifs ci-dessus. La présence géographique, qui comprend la limite d'aire géographique et l'endémisme, ainsi que la " marginalité écologique " (présence d'une espèce en dehors de son habitat normal) sera particulièrement analysée puisque ces critères éco-biogéographiques sont prépondérants pour définir une espèce " déterminante " au sens patrimonial du terme (Keith P. & de Feraudy E., 1997).

Ce travail permettra donc de rassembler des données provenant de diverses équipes scientifiques et ainsi permettra de mieux appréhender les connaissances existantes sur les poissons. De même, il s'inscrit dans la suite logique de la réactualisation des ZNIEFF de Guyane effectuée en 2001 en apportant des compléments d'information pour la définition de futures zones d'intérêt ou de nouveaux espaces protégés tels que parcs et réserves naturelles. Dans ces cas, les espèces patrimoniales conditionnent entièrement tout le suivi scientifique qui sera effectué par la suite.

 

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Last Modified : Wed Jun 18 16:27:34 UTC 2008